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Benoît Romac | |
Directeur, |
Comment expliquez-vous la forte croissance des dépenses de R&D ?
Le phénomène le plus marquant de l’étude est sans conteste la hausse des dépenses d’innovation par rapport à l’année dernière, ce qui n’est guère surprenant compte tenu de la chute de 3 ,5 % des investissements en 2009, en majeure partie liée à la crise économique. Si les dépenses sont reparties à la hausse, on sent malgré tout les entreprises prudentes dans leur stratégie d’investissement. Les chiffres parlent d’eux-même : s’il y a eu une hausse de 9% des dépenses R&D en 2010, celle-ci reste bien inférieure à l’augmentation de 15% du chiffre d’affaires des entreprises du panel «Global Innovation 1000».
Le deuxième fait saillant est l’évolution du classement par rapport aux années précédentes. Si, jusqu’à cette année, les entreprises des secteurs informatique et électronique étaient largement représentées dans le Top 10, depuis, le panel a évolué. La Santé/Pharmacie monopolise désormais les premières places avec des entreprises comme Roche (1ère place), Pfizer (2ème), Novartis (3ème) Merck (4ème)… Ceci n’est guère étonnant compte tenu de la résilience relative à cette industrie moins cyclique que l’électronique ou l’informatique.
Par ailleurs, je reste convaincu que ce n’est pas forcément le volume investi en R&D mais la manière dont on le dépense qui produit une performance supérieure.
Par exemple ?
Lorsque nous analysons l’enquête que nous avons réalisée auprès de 600 Directeurs R&D dans 400 entreprises mondiales et la question : quelle entreprise jugez–vous la plus innovante ? La réponse ne trompe pas. Apple est perçue comme la plus innovante alors qu’elle investit 2,7% de son chiffre d’affaires en recherche et développement, bien inférieur aux 3,52% engagés en moyenne par les entreprises de notre panel ! Apple est un bel exemple d’entreprise cohérente dont la culture soutient la R&D et peut la rendre performante.
Et la France, comment se comporte-telle ?
En 2009, les entreprises dont le siège est en France ont dépensé en volume 30 milliards de dollars US. En 2010, elles totalisaient 29,3 milliards. Certaines entreprises françaises ont disparu du panel. La part de la France a globalement diminué, avec des dépenses qui ont progressé moins vite que les autres entreprises. Ce décrochage relatif est le signe d’une certaine incertitude concernant l’avenir.
Voyez-vous des relais d’innovation ?
Il sont sans conteste à chercher du côté des technologies vertes. Par exemple, le véhicule électrique « drive » les investissements R&D dans l’automobile. Cette industrie est réellement porteuse de ruptures technologiques. Pour preuve : avec une hausse de 8 % des dépenses d’innovation à 8,8 milliards de dollars, le secteur automobile conserve la troisième place du classement et représente 15 % des dépenses totales.
Quels moyens les entreprises ont-elles pour optimiser leur stratégie de R&D ?
De plus en plus de programmes de transformation « Lean Management » appliqués à l’innovation et à la R&D se mettent en place. Ils permettent de maîtriser les coûts et d’optimiser les processus de développement. Un des freins les plus importants à ces « ruptures organisationnelles » est le manque d’alignement avec la culture de l’entreprise. Au-delà de la mise en œuvre de la boîte à outil standard du Lean management, l’entreprise doit repenser les fondamentaux de sa culture d’entreprise.